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EN MAI, C’EST DEMAIN LA WEIL !

« J’ai essayé d’aller vite, mais je me surprenais sans cesse à retomber dans la rêverie. »
Simone Weil, Journal d’usine.

LA PERSONNE ET LE SACRÉ

Expérimentation Primesautière – Weil#1

EN 2018

Mais il faut « toujours » bien vivre !

DES BONDS À AVIGNON

Festival Avignon OFF 2017

EN MAI, FAIS CE QU’IL TE PLAÎT  

Mais il faut bien vivre ! au festival Théâtre en mai 2017

Actualité 3

Primesautier Théâtre présente :
Mais il faut bien vivre !
Un soap-opéra théâtral et réflexif en 33 épisodes

Épisode 10 : Chut, ça commence

Jean-Christophe : Je vais vous soigner Mary, je vous le promets.

Amarine : Je l’espère, pour moi, les enfants, c’est ce qui donne envie d’avancer pour un monde meilleur. Sinon, pourquoi nous battrions-nous ? Pour nous-mêmes ?

Jean-Christophe : C’est déjà une difficulté.

Amarine : Vous ne vous projetez pas plus loin que vous-même, Docteur ! Vous n’espérez pas que ceux qui viendront après nous puissent vivre dans des conditions plus acceptables ?

Jean-Christophe : Si, bien sûr. Moi-même, j’ai du me battre pour m’arracher à une condition sociale difficile. Et je suis plutôt fier aujourd’hui d’être parvenu à m’extraire de cette classe populaire qui m’assassinait jour après jour, m’enfermant dans des habitudes qui m’empêchaient d’évoluer.

Amarine : C’était une lutte personnelle. Vous vous êtes battu contre votre propre milieu.

Jean-Christophe : Il n’y a pas d’autres moyens. Le milieu d’où l’on vient ne changera jamais. C’est une prison dont il faut s’évader. Sinon nous ne faisons que reproduire ce qui existe déjà.

Amarine : Je pense tout le contraire. Nous pouvons faire changer les choses, les habitudes, les manières de penser, d’envisager le monde et de le construire. Pas besoin de s’extraire de son milieu. Il faut le faire changer, de l’intérieur, petit à petit, de génération en génération.

Jean-Christophe : L’idée de ne plus être là quand les choses seront enfin acceptables ne me convainc pas. Après ma mort, le changement ? C’est ça votre devise ? Je veux pouvoir profiter des merveilles de ce monde tant que je suis en vie.

Amarine : Mais vous parlez du changement pour vous. Moi je vous parle du changement pour nous tous. Bien sûr que je veux profiter de la vie. D’ailleurs je le fais déjà… tant que je peux.

Jean-Christophe : Tant que vous pouvez, c’est-à-dire tant que votre milieu vous le permet. Moi je vous parle de vous évader vraiment, pour profiter de tout ce que la vie offre ailleurs, mais que vos conditions sociales vous empêchent d’obtenir et que d’autres préfèrent garder pour eux seuls.

Fabienne : Bien dit Dr J’aime ! « Si quelqu’un a une idée nouvelle dont la mise en œuvre implique que l’on dépense un peu d’argent, les gens à qui on en parle sont aussitôt saisis d’un tremblement nerveux ; ils vous répondent avant même d’avoir réfléchi : on ne peut pas faire cela parce que ça va retirer de l’argent à quelqu’un … »

Virgile : Ou mieux encore : « si l’on donne quelque chose à quelqu’un tout le monde va vouloir la même chose… »

Fabienne : Ou pire encore, « certains prennent très exactement l’attitude du chien qui piétine son écuelle pour que d’autres chiens ne viennent pas manger dedans… »[1]

Virgile : De toute façon on est toujours prêt à vous laisser faire des choses tant que ça ne perturbe pas trop l’ordre du monde, que ça change pas trop la distribution des pouvoirs : faites ce que vous voulez, mais surtout n’allez pas déplacer l’argent des coffres où il se trouve.

Amarine : Et comment pourrais-je en profiter seule ? Alors que tous ceux que j’aime resteraient là où ils sont.

Jean-Christophe : C’est le prix à payer Mary si vous voulez vous libérer. Le prix de la solitude. Alors peut-être reconstruirez-vous une famille avec ceux qui, comme vous, ont quitté le rivage, eux seuls pourront vous comprendre.

Amarine : Tous ces gens partis de chez eux, et qui se retrouveraient quelque part, pour reconstruire un monde meilleur… C’est un peu utopique.

Jean-Christophe : Vous vous moquez de moi, Mary.

Amarine : Notre œuvre est modeste et quotidienne, mais c’est en la forgeant chaque jour qu’on finit par en voir la grandeur.

Jean-Christophe : Seul le combat individuel est salutaire. Le peuple est prisonnier de lui-même, manipulable à merci… Alors chacun dit qu’il ne faut pas s’en faire… C’est une résistance passive et peu propice à fonder un avenir plus heureux.

Amarine : Oui mais c’est une résistance nécessaire. Il me semble, Docteur, que nos deux manières de voir ne sont pas nécessairement incompatibles.

Jean-Christophe : Seraient-elles complémentaires ?

À suivre…

[1] Richard Hoggart, in Richard Hoggart en France, pp.97,98