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Saison 2019-2020

Marabout… Bout de ficelle… Fit celle-ci… Simone Weil…

En Juillet

Avignon Off 2019 // 11 et 17 Juillet
Mes poings sur les I
Lectures-Rencontres // La Scierie

EN MAI, C’EST DEMAIN LA WEIL !

« J’ai essayé d’aller vite, mais je me surprenais sans cesse à retomber dans la rêverie. »
Simone Weil, Journal d’usine.

LA PERSONNE ET LE SACRÉ

Expérimentation Primesautière – Weil#1

EN 2018

Mais il faut « toujours » bien vivre !

Saison 2019-2020

Marabout... Bout de ficelle... Fit celle-ci... Simone Weil...

Cette saison, alors que Mes poings sur les I poursuit sa route à Saint-Jean de Védas, à Pézenas dans le cadre de Régions en Scène, et dans les Hauts de France avec les feuilles qui volent au vent mauvais, nous continuons d’interroger l’œuvre sans fin de Simone Weil.

Simone Weil qui, disons-le une fois pour toutes, n’est pas la ministre de Giscard ! Celle de la loi Veil pour l’avortement. Non, c’est la philosophe, celle qui fut de nombreux combats et travailla à beaucoup travailler sur le travail. Sur le sens du travail. Sur la valeur du travail.

Du travail donc, il en sera question lors de nos résidences préparatoires à notre prochaine création : Traverser la rue ne suffit plus ! (Titre très provisoire parce qu’on n’est vraiment pas convaincus…)

 Vaincus, nous essaierons justement de ne pas l’être mais de mettre, avec l’aide de Weil, des mots sur ces questions qui nous travaillent. De faire le ménage dans nos habitudes, nos a priori, nos regards floutés d’opinions opiniâtres qui ne veulent jamais, tant elles s’y sont incrustées, se décoller tout à fait de nos rétines.

Rétine la nuit, dirait le poète-chanteur, lui-même chanté par la vedette, les deux fraîchement décédés. C’est bien ce que nous essaierons de faire en Lozère, les 4 et 5 Octobre prochains au Viala, lors d’un Accès Libre en complicité avec L’Hiver nu et les Scènes Croisées de Lozère, où nous weillerons chaleureusement autour des premières tentatives d’écritures communes de la mère Weil…

Merveille aussi de se retrouver sur le terrain de la proximité au Kiasma et à la Maison des Proximités de Caylus, pour une résidence d’écriture en Janvier où nous mélangerons patiemment expériences vécues et pensées théoriques en espérant qu’elles feront bon ménage… Tiens, encore une histoire de ménage…

Sans ménagement, nous irons ensuite nettoyer au Périscope de Nîmes nos vieilles envies de révolution afin de les remettre à neuf… Car le problème nous dit Weil, c’est que rien de tout cela ne peut être aboli par une révolution ; au contraire, tout cela doit avoir disparu avant qu’une révolution puisse se produire ; ou, si elle se produit auparavant, ce ne sera qu’une révolution apparente, qui laissera l’oppression intacte ou même l’aggravera. Car rien ne permet d’affirmer aux ouvriers, aux salariés, aux chômeurs qu’ils ont une mission, une « tâche historique », comme disait Marx, qu’il leur incombe de sauver l’univers. Il n’y a aucune raison de leur supposer une pareille mission plutôt qu’aux esclaves de l’antiquité ou aux serfs du moyen âge. Comme les esclaves, comme les serfs, ils sont malheureux, injustement malheureux ; il est bon qu’ils se défendent, il serait beau qu’ils se libèrent ; il n’y a rien à en dire de plus.

Rien à dire de plus ? Si ! Peut-être que plus on est de fous plus on… Alors Tous ensemble ! Tous ensemble ! Hey ! Hey !

Hey puis nous nous installerons pour un temps à La Baignoire afin de dépoussiérer (mais en ont-ils vraiment besoin ?) d’autres textes de Weil. Nous weillerons donc à aménager proprement les pistes dramaturgiques de cette prochaine création, qui verra le jour en Novembre 2020 au Théâtre La Vignette, Théâtre Universitaire pour lequel nous reprenons cette année La Traversée, avec laquelle nous traverserons la notion de désœuvrement, en partant de cette citation de Simone Weil qui décidément weil au grain :

La période présente est de celles où tout ce qui semble normalement constituer une raison de vivre s’évanouit, où l’on doit, sous peine de sombrer dans le désarroi ou l’inconscience, tout remettre en question. Que le triomphe des mouvements autoritaires et nationalistes ruine un peu partout l’espoir que de braves gens avaient mis dans la démocratie et dans le pacifisme, ce n’est qu’une partie du mal dont nous souffrons ; il est bien plus profond et bien plus étendu. On peut se demander s’il existe un domaine de la vie publique ou privée où les sources mêmes de l’activité et de l’espérance ne soient pas empoisonnées par les conditions dans lesquelles nous vivons. Le travail ne s’accomplit plus avec la conscience orgueilleuse qu’on est utile, mais avec le sentiment humiliant et angoissant de posséder un privilège octroyé par une passagère faveur du sort, un privilège dont on exclut plusieurs êtres humains du fait même qu’on en jouit, bref une place.

Une place oui. Trouver sa place. Être dans la place. Avoir une place. Faire place à…

Faire place, peut-être, sûrement, à l’Amour (thème important chez Weil) dans Penthésilée de Kleist que nous interrogerons avec les étudiants et étudiantes du CROUS de Montpellier… Achille et Penthésilée arriveront-il à se mettre en ménage ? Décidément !…

Nous ne ménagerons pas nos montures et, de Montpellier à Bordeaux, nous ferons un beau voyage entre Arts et Sciences, entre présent et futur pour nous projeter le 20 novembre 2019 en 2050 à Bordeaux-Macropole pour un procès sans précédent concernant l’Intelligence artificielle …

D’ailleurs, est-ce que l’intelligence artificielle produit de la pensée artificielle ? Et un travail artificiel, Qu’est-ce qu’il produit ???

Le curseur clignote dans le vide dans l’attente d’une réponse… Les questions étant déjà posées…

Se poser, s’opposer, oser peut-être se penser plutôt que d’être pensé, voilà bien, dans les grandes lignes de la page ou de l’écran, les thèmes que nous arpenterons cette saison…

Mais saison jamais, peut-être que des changements ici ou là se produiront, car nulle société ne peut être stable quand toute une catégorie de travailleurs travaille tous les jours, toute la journée, avec dégoût. Mais la chose n’est pas si simple nous dit ENCORE Simone Weil, car être libre et souverain, en qualité d’être pensant, pendant une heure ou deux, et esclave le reste du jour, est un écartèlement tellement déchirant qu’il est presque impossible de ne pas renoncer, pour s’y soustraire, aux formes les plus hautes de la pensée…

Et les nuages qui s’agglutinent au loin, couvrant le bruit du tonnerre qui arrive, n’ont jamais été aussi beaux…

©Fabienne Augié