DATES

2 et 3 février 2016 – Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau. Lieu : Centre culturel Léo Malet, Mireval
5 et 6 février 2016 – Théâtre le Périscope, Nîmes
11 mars 2016 – Théâtre de La Mauvaise Tête, Marvejols avec les Scènes Croisées de Lozère
10 mai 2016 – Théâtre Jean Vilar, Montpellier

24, 25 et 26 mai 2017– CDN Dijon-Bourgogne / Festival théâtre en mai

6 février 2018 – Théâtre Jacques Cœur, Lattes

Saison 2017/18 Représentations en cours de négociation

L'ÉQUIPE

Jeu
Fabienne Augié
Amarine Brunet
Virgile Simon
Jean-Christophe Vermot-Gauchy

Mise en scène
Antoine Wellens

Approche sociologique
Jean Constance

Conception dispositif scénographique interactif, création sonore
Élise Sorin
Mikael Gaudé

Composition bande originale
Mikael Gaudé

Création lumières et éléments scénographiques
Antoine Wellens et Nicolas Buisson

Régie générale
Nicolas Buisson

Production / diffusion
Hélène Sorin

PRODUCTION

Production :
Primesautier théâtre

Coproduction :
Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau / Scènes Croisées de Lozère – Scène conventionnée écritures d’aujourd’hui / Théâtre Le Périscope – Nîmes

Avec l’aide de la DRAC Languedoc-Roussillon, de la Région Languedoc-Roussillon, du Conseil Général de l’Hérault et de la ville de Montpellier. La compagnie a bénéficié d’une résidence de création au domaine d’O,  Domaine départemental d’art et de culture. Avec le soutien du théâtre Jacques Coeur, Lattes, du théâtre Jean Vilar, Montpellier et Le Relais, Centre de recherche théâtrale, Le Catelier (Haute-Normandie) pour un accueil en résidence. Ce spectacle reçoit l’aide de la SPEDIDAM. Ce spectacle bénéficie du soutien de Réseau en Scène Languedoc-Roussillon dans le cadre du Collectif En Jeux.

Mais il faut bien vivre !

Un soap-opéra théâtral et réflexif en 33 épisodes.

Création collective librement inspirée des œuvres de Richard Hoggart : La culture du Pauvre, 33 Newport Street, autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises et Richard Hoggart en France.

Primesautier théâtre se fait l’écho de la pensée du sociologue Richard Hoggart et confronte théâtralement culture populaire et culture dominante.

Quatre acteurs tournant dans un soap-opéra viennent rendre visite à une certaine tante Annie qui est à l’hôpital et qui passe son temps à regarder ce feuilleton télévisuel. À son chevet, dans les couloirs, devant la télévision, l’attente et cet état de veille ouvrent une série de questionnements sur ce qu’est une culture populaire, comment elle se construit, la vie de ces quatre acteurs et ce qu’ils attendent de l’art et les personnages qu’ils incarnent dans le soap-opéra. À savoir Mary (une fille du peuple malade à cause des solvants qu’elle utilise à l’usine), son fiancé Albert (coiffeur à l’hôpital), le Dr. James (celui qui doit soigner Mary, tombe amoureux d’elle et cherche à l’éloigner d’Albert), ainsi que la mystérieuse Kate (femme errant dans les couloirs de l’hôpital qui semble ne parler que par énigme). Alors, Le Dr. James parviendra t’il à soigner Mary et partir avec elle ? Albert pourra t’il la retenir et vivre heureux avec elle ? Kate nous livrera t’elle tous ses secrets ? Les acteurs s’entendront-ils enfin sur leur mode de représentation ? La culture dominante s’imposera t’elle comme seule valable ? La culture populaire résistera t’elle à celle des élites ? Et Richard ? Ce brave Richard pourra t’il enfin faire la paix avec lui-même ?

Des différents écrits de Richard Hoggart nous avons retenu certaines citations nécessaires à l’écriture d’une œuvre originale autour des tensions qui existent entre culture dominante et culture populaire. Hoggart venant d’un milieu populaire et ayant réussi une carrière d’universitaire ne cesse de revenir sur ce biculturalisme qui l’a hanté toute sa vie : être dans cette difficulté d’appartenir à deux milieux (« «eux et nous ») et comment lui, devenu universitaire, peut-il encore s’adresser encore au plus grand nombre ? Questions vertigineuses dès lors qu’elles sont appliquées à l’art théâtral et aux rapports entre la scène et la salle. C’est donc  par un système esthétique réflexif reposant sur l’acte de penser en commun que nous tentons d’y répondre.

Ce lieu institutionnel – l’hôpital – devient donc le labyrinthe théâtral d’une pensée en train de s’incarner, de se jouer, de se déployer. Dès lors, nous avons trois niveaux narratifs liés entre eux par un même sujet à explorer et à construire : la fable (la fiction), le soap (la fiction dans la fiction) et la réalité plateau (le processus à l’œuvre dans la construction). À l’intérieur d’un dispositif scénique interactif, les acteurs montrent ce qu’est vivre et travailler ensemble et usent des différents niveaux de jeu afin de se trouver eux-mêmes en tension entre deux mondes, entre la fiction dans la fiction et leurs propres interrogations. Les différents niveaux s’hybridant, ils permettent les contaminations nécessaires à une mise en lumière des rapports complexes qu’entretiennent culture du pauvre et culture dominante, ainsi que le phénomène d’errance sociale éprouvé par Hoggart lui-même.

« À la limite, j’me dis, si on était éduqués pour penser, le monde aurait sacrément de quoi s’inquiéter : la révolte gronderait de partout ».
Kate in Mais il faut bien vivre !

La culture du pauvre – Éd. de Minuit et 33 Newport Street, autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises – Le Seuil, collection Hautes études ; réédition poche Points

Richard Hoggart (24 septembre 1918 – 10 avril 2014)

Professeur d’université anglais, spécialiste de la littérature anglaise et de la sociologie des milieux culturels, il est l’un des fondateurs des Cultural Studies. Son principal ouvrage, The Uses of Literacy (La Culture du pauvre), publié en 1957 – en France en 1970 – a profondément renouvelé l’analyse sociologique des milieux populaires.

Dans l’ouvrage 33 Newport Street, autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises, paru en 1988, Richard Hoggart entreprend de raconter sa propre histoire tout en cherchant à comprendre ce qui l’a rendue possible et, aujourd’hui, pensable.

Il y évoque en écrivain son enfance dans un quartier ouvrier de Leeds des années 1920. Le récit de cette enfance si démunie et pourtant si riche de souvenirs, fait comprendre que les groupes les plus dominés ont encore une culture, et qu’en même temps il n’est pas de culture populaire, si repliée sur elle-même et si protégée soit-elle, qui ne soit habitée par la domination qui s’exerce sur elle. Hoggart raconte aussi comment il a réussi à sortir, grâce à l’école, de son milieu d’origine, sans rien renier de ses origines, ni non plus de sa trajectoire et de sa réussite.

Note dramaturgique

Fidèle au principe réflexif du théâtre et à la construction d’une pensée collective visant à se libérer de « la tyrannie de l’habitude », le Primesautier théâtre a donc choisi de s’intéresser à l’analyse par le prisme des sciences humaines aux œuvres de Richard Hoggart : La Culture du pauvre, 33 Newport Street, autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises et Richard Hoggart en France.

L’écriture de la pièce s’est faite de manière collective en étroite collaboration avec le sociologue Jean Constance. La cie a procédé à l’établissement d’un texte ayant pour point de départ quelques citations des ouvrages de Richard Hoggart. Ces citations sont considérées comme moteur de la fiction, elles posent les thématiques hoggartiennes que nous mettons alors en réflexion et en jeu pour construire une dramaturgie qui échappe aux effets de collage et de montage et qui met en lumière les ressorts dramatiques d’une fable avec personnages. C’est par ce procédé que nous nous emparons des codes des feuilletons populaires pour les mettre en perspective et les interroger. Il s’agit d’en dégager les valeurs plutôt que de s’en moquer ou les tourner en ridicule.

La trame de « Mais il faut bien vivre ! » traite – par raisonnements et résonances– de la question de l’errance sociale. En effet, quitter son milieu d’origine expose à une difficulté à construire une nouvelle identité, d’une part parce qu’on ne se reconnaît plus dans le milieu d’où l’on vient (et que ce milieu lui-même nous éloigne de lui), mais aussi parce que les milieux que l’on cherche à rejoindre demandent un travail parfois complexe d’adaptation et d’intégration.

La première phrase de l’autobiographie du sociologue anglais, « Ma tante Annie est en train de mourir à l’hôpital Saint-James », est devenue la situation scénique initiale, le lieu et le contexte du déploiement de la pensée hoggartienne. Déploiement d’autant plus fort que dans cette pièce, tante Annie passe son temps à regarder un soap opéra inspiré des problématiques hoggartiennes. Les quatre acteurs se retrouvent à son chevet afin d’évoquer leur quotidien : à savoir le tournage d’un feuilleton populaire. Ce lieu institutionnel – l’hôpital – devient donc le labyrinthe théâtral d’une pensée en train de s’incarner, de se jouer, de se déployer. Dès lors, nous avons trois niveaux narratifs liés entre eux par un même sujet à explorer et à construire : la fable (la fiction), le soap (la fiction dans la fiction) et la réalité plateau (le processus à l’œuvre dans la construction).

  • La fiction dans la fiction. Le soap opéra, construit sur le modèle des séries télévisées. Nous y suivons la lutte de Mary fille du peuple fiancée d’Albert aux prises avec un Dr. James qui cherche à la soigner et à la séduire. S’ensuit sur le mode du feuilleton à épisodes un suspense tournant autour de ce triangle amoureux sur fond de lutte de classes ayant pour décor l’hôpital où le Dr. James et Albert travaillent. L’énigmatique Kate, quatrième personnage, introduit et conclut les épisodes du feuilleton.
  • La fable théâtrale. La fiction est construite sur les relations des quatre acteurs du soap au chevet de tante Annie. Après les tournages du soap, les acteurs se retrouvent autour d’elle et réouvrent une parole sur ce qu’ils font, ce qu’ils incarnent et font exister aussi la figure d’un certain Richard venant voir sa tante à L’hôpital.
  • Le processus à l’œuvre dans la fiction, relaye la réalité des acteurs de la troupe sur le plateau, ils livrent les clefs de compréhension sociologiques et relancent l’action et les différentes thématiques hoggartiennes contenues dans les précédents niveaux. Ils éclairent de manière parfois plus théorique les réponses artistiques incarnées.

Un hôpital interactif et « zappable » comme scénographie

Comme dans nos précédents spectacles, la scénographie de Mais il faut bien vivre ! repose sur la création lumières. Entièrement faite de tubes fluos, trois portes, des plafonniers centraux, des lignes de fluos au sol, délimitent les différents espaces de jeux et architecturaux de cet hôpital. Les acteurs ont à charge de déclencher les différentes ambiances par le plateau. Pour ce faire nous avons poursuivi la collaboration avec la plasticienne Elise Sorin et le musicien / créateur sonore Mickaël Gaudé qui ont créé un dispositif scénique interactif pour les quatre acteurs. Ces derniers peuvent ainsi déclencher à partir d’une télécommande de télévision toutes les ambiances lumineuses et sonores du spectacle depuis le plateau.

Ce dispositif leur offre ainsi des possibilités de déplacements, placements et intentions qui viennent accroître encore les différents niveaux narratifs du spectacle. La scénographie devient donc elle-même source d’écriture et personnage de l’histoire, elle provoque autant qu’elle est provoquée. La diffusion sonore est par ailleurs effectuée via un système de spatialisation en hexaphonie.

Une des références de ce spectacle est la série de David Lynch et de Mike Frost : Twin Peaks. La création sonore du spectacle est notamment inspirée par la musique de cette série composée par Angelo Badalamenti. L’approche consiste donc, en sus des créations sonores, en une création de thèmes et de leurs déclinaisons plus ou moins arrangées, plus ou moins dépouillées, formant des nappes et virgules permettant de glisser d’une séquence à l’autre. « Mais il faut bien vivre ! » évolue sur trois niveaux de narration, dont celui du « soap opera », fiction dans la fiction, élément structurant de ce spectacle et domaine propice à la réinterprétation des codes musicaux de ce genre télévisuel. Ces thèmes musicaux donnent aussi des clefs de compréhensions lorsque nous basculons dans la fiction où que celle-ci est regardée par les acteurs.

Douze chaises du type de celles qu’on trouve dans les administrations sont manipulées à vue par les acteurs et architecturent les différents espaces dévolus à l’incarnation des séquences théâtrales.