DATES

Création / 17 et 18 Janvier 2019 :
Théâtre Jean Vilar, Montpellier (34)

Avec les Scènes Croisées de Lozère (48)
29 Janvier 2019 : Bagnols-les-Bains
31 Janvier 2019 : Ciné-Théâtre,
Saint-Chély-d’Apcher
1er Février 2019 : Villefort

5 Février 2019 : Théâtre Jacques Coeur, Lattes (34)

29 Mars 2019 : L’horizon – Recherche et création, La Rochelle (17)
En cours…

L'ÉQUIPE

Texte et Jeu :
Soufyan Heutte
Adaptation et Mise en scène :
Virgile Simon et
Antoine Wellens
Scénographie :
Emmanuelle Debeusscher
Création lumière :
Nicolas Buisson
Administratrice de Production :
Gaëlle Mafart

PRODUCTION

Production :
Primesautier Théâtre

Coproduction :
Théâtre Jean Vilar – Montpellier
Avec l’aide de la DRAC Occitanie,
la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, la ville de Montpellier et la Spedidam
Avec le soutien du Ciné-Théâtre – Saint-Chély-d’Apcher, du Kiasma – Castelnau-le-Lez et du Théâtre des 13 Vents-CDN de Montpellier, dans le cadre des Studios Libres

Mes Poings sur les I

 » La vie est un jeu de cartes mais la donne du départ aura eu raison du hasard. Alors Descartes peut bien cogiter, il n’en reste pas moins que si je pense, j’existe, pour nous il est besoin de dire, je pense, j’insiste.« [1]

Mes poings sur les I nous invite à suivre la trajectoire sociale de « Kamel-la-poisse » qui, dans le quartier, a toujours su régler ses histoires à coup de poings. Un jour, son poing éclate la mauvaise mâchoire et en moins de temps qu’il n’en faut pour décocher une droite, le voilà pris dans le maelström judiciaire. Accusé, Kamel est emporté par le fleuve des préjugés où une origine, une couleur, un accent et une adresse constituent l’unique CV. Du ciment lézardé des hautes tours du quartier aux quatre murs en béton armé de la prison, toujours seul au milieu des autres, le temps est à tuer et Kamel se réfugie à l’intérieur de lui-même pour s’offrir de véritables évasions méditatives. Du banc des accusés au ban de la société, c’est aussi assis ici, sur les bancs du quartier, qu’il évalue sa propre histoire, ce qui l’a rendue possible et aujourd’hui pensable. Il cherche à comprendre comment le fait d’habiter « ici » l’a construit et amené à user de ses poings pour être respecté, à être craint pour enfin avoir la paix.

Mes poings sur les I, entre anecdotes heureuses et malheureuses, souvenirs autobiographiques et réflexions sociologiques, aborde frontalement la construction identitaire de Kamel au sein de ces « quartiers » emblématiques de nos sociétés contemporaines. Ce spectacle propose de manière sensible l’exploration et le déploiement de thématiques telles que les rapports à : la famille, les autres, la pression sociale, la religion, l’hyper-virilité comme condition du respect, la ségrégation géographique. Sans misérabilisme aucun, pleine de vie et d’humour, cette langue vive, urbaine, poétique et actuelle, indissociable du quartier qui l’a vu naître, fait aujourd’hui pleinement écho au phénomène de « dé-sintégration »[2] dont souffrent certaines catégories de citoyen.ne.s.

Ce texte, joué par son auteur, fait émerger une voix éloignée des statistiques, une réflexion singulière et personnelle sur les rapports tendus et parfois difficiles qui existent entre quartiers populaires et société, entre quotidien et clichés, entre fiction et réalité, entre penser et être pensé. Une tentative assumée de remettre certains « poings » sur les i…

[1] Soufyan Heutte in mes poings sur les I, L’Harmattan.

[2] Formule empruntée à l’ouvrage de Marie Reverdy dont nous recommandons ici chaleureusement la lecture : Comprendre l’impact des mass-médias dans la (dé)construction identitaire, éditions Chronique Sociale.

© C.Vantecombreux

Poing de départ

De Richard Hoggart à Soufyan Heutte, de Leeds à La Paillade, de la fiction à la réalité.

En 2015 le Primesautier théâtre ouvrait un nouveau cycle de travail autour du sociologue Anglais Richard Hoggart. La compagnie a d’abord créé Mais il faut bien vivre ! un soap-opéra théâtral et réflexif interrogeant les lignes de force et de tension entre cultures populaires et cultures des élites.

Dans le même mouvement la compagnie créé Le principe du truc, création partagée, immersive et documentaire. Ce projet, mené en partenariat avec le Théâtre Jean Vilar, les associations et les habitants de la Paillade/Mosson, dressait une cartographie artistique de la vie quotidienne de ce quartier populaire de Montpellier.

C’est dans ce cadre que nous avons rencontré Soufyan Heutte, habitant du quartier qui nous a présenté son premier roman : Mes poings sur les I. Frappés par l’intensité de la langue, son oralité, la profondeur du récit et sa manière originale d’explorer les enjeux de la vie de ces quartiers emblématiques de nos sociétés contemporaines, il nous a semblé important de faire entendre cette parole et tenter de la « désenclaver » de son quartier d’origine. Nous avons donc décidé, avec lui, d’en proposer une forme théâtrale.

Ce texte « résonne et raisonne » parfaitement avec nos voyages en terres hoggartiennes car Il dresse de manière artistique, fictionnelle et parfois documentaire le paysage social actuel d’une « cité » et de ses habitants et nous montre comment se construit une identité marquée par son environnement. Il s’efforce, comme en témoigne l’œuvre de Richard Hoggart en son temps, de « partir d’une histoire personnelle et d’en tirer une signification qui dépasse le niveau de l’individu.[1]»

C’est donc avec ce projet, fruit d’une surprenante et enrichissante rencontre que la compagnie clôturera ce cycle autour de Richard Hoggart et des cultures populaires avant d’entamer, prochainement, un nouveau cycle de travail autour de la philosophe Simone Weil.

[1] C. Grignon, in présentation de 33 in Newport Street, Autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires Anglaises, P.10

 

De l’auteur à l’acteur

« Mais alors, que suis-je ? Quel effet ai-je sur mon reflet ? Résidu d’autres individus ! Cherchant la plénitude au sein de la multitude. Et je les porte tous en moi, du moins tant qu’ils me supportent. Je les porte et ils m’emportent plus haut que je n’aurais jamais été, plus loin que je n’aurais jamais rêvé. Je les porte car mon être comporte autant de visages qu’il y a de possibles. »[1]

La question de la légitimité à porter sur un plateau ce texte empreint d’authenticité et parfois composé de souvenirs autobiographiques nous a naturellement conduits, pour le porter, à faire de l’Auteur, l’Acteur de sa propre fiction. Par ce choix, nous souhaitons renforcer le trouble entre fiction et réalité. Est-ce vraiment son histoire ou une histoire inventée de toute pièce ? Est-ce un témoignage ou une fiction ? Est-ce Kamel ou Soufyan que nous observons ? Ce sont toutes ces ambiguïtés que nous espérons faire ressentir afin que ceux qui assistent au spectacle puissent interroger, à leur tour, leurs propres représentations sur ces quartiers, loin des clichés et polémiques d’usages.

Soufyan Heutte : Amoureux des quartiers pas si « populaires » que ça, il est éducateur spécialisé auprès de jeunes en situation de délinquance. Il contribue, à ses heures perdues mais activement, à la rédaction d’articles pour des revues et journaux. (Ballast, l’Humanité, Contre-attaque(s), le Lien Social…) Par ses écrits, il s’attelle à tirer le portrait de personnes éclipsées par la nuée des faits-divers. Dans ce premier roman, il livre un regard singulier sur la « banlieue », dépeignant avec beaucoup de poésie la réalité d’une vie de quartier. Il mène également de nombreux ateliers d’écriture et de soutien scolaire et s’investit particulièrement auprès de la jeunesse. La parole l’expérience de l’auteur sont de précieux témoignages à partager sur la vie et l’organisation sociale de ces quartiers. Autant d’atouts qui permettront d’approfondir les thématiques de la pièce lors de rencontres, débats, ateliers et discussions autour du spectacle.

[1] Soufyan Heutte in mes poings sur les I, L’Harmattan.

Un dispositif scénographique en partie immersif

« Je suis assis sur cette pierre sans âme, comme une âme en peine, en transit dans ce
monde-là. Je suis sur le bord de la route, comme un chien abandonné un samedi d’août.
Je suis là, sans y être. »
[1]

Le dispositif scénographique a été pensé pour concevoir la représentation comme une expérience en partie immersive pour un groupe de spectateurs convié à prendre place sur des « blocs d’empêchements » disposés sur le plateau.

Élément principal de la scénographie, ces blocs de béton, souvent ressentis comme anxiogènes et que l’on voit fleurir partout, ont étés rapidement réinvestis et réappropriés comme nouveau mobilier urbain par la population. Ils nous permettent donc de proposer une représentation concrète « d’espaces publics ».

Les spectateurs (une quinzaine) invités sur ces blocs font alors complètement partie du dispositif scénographique et esthétique du spectacle. Quelque soient leurs âges, leurs sexes, leurs classes sociales, par leurs simples présences, ils représentent de possibles incarnations ou évocations des différents personnages croisés dans la fiction.

Évoluant de blocs en blocs, de la cour de prison au square du « tiéquar », l’acteur, dans un mode de jeu performatif, travaille à préserver et renouveler cette interaction propice à la recherche de nuances. Il met ainsi à l’épreuve l’intensité de son jeu en fonction de son auditoire.

Il n’est plus seul face à d’autres dans l’ombre, mais bien vivant parmi les vivants, en interaction bienveillante avec ceux à qui il va raconter son histoire. Nous voulons créer un rapport d’intimité avec les spectateurs, fraternel, direct, et envisager une rupture de la frontière entre « eux » et « lui », entre « eux » et « nous ».

Se dessine alors l’idée d’une jonction symbolique entre la scène et la salle permettant ainsi d’explorer des allers-retours sensibles entre le public-salle et le public-scène. Tenter de rétablir, via ce dispositif, une interconnexion entre deux mondes, entre deux « cultures »…

[1] Soufyan Heutte in Mes poings sur les I, L’Harmattan.