DATES

16 et 17 Janvier 2019 : Théâtre Jean Vilar, Montpellier

Avec les Scènes Croisées de Lozère
29 Janvier 2019 : Bagnols les Bains
31 Janvier 2019 : Ciné-Théâtre, Saint Chély D’Apcher
1er Février 2019 : Villefort

5 Février 2019 : Théâtre Jacques Coeur, Lattes
En cours…

L'ÉQUIPE

Texte et Jeu :
Soufyan Heutte
Adaptation et Mise en scène :
Virgile Simon et
Antoine Wellens
Scénographie :
Emmanuelle Deubesscher
Création lumière :
Nicolas Buisson
Administratrice de Production :
Gaëlle Mafart

PRODUCTION

Production :
Primesautier Théâtre

Coproduction en cours… :
Théâtre Jean Vilar – Montpellier.
Avec l’aide de la DRAC Occitanie, la ville de Montpellier.
Avec le soutien du Ciné/Théâtre – Saint-Chély-D’Apcher, du Kiasma – Castelnau-le-Lez et du CDN de Montpellier dans le cadre des Studios Libres.

Mes Poings sur les I

 » La vie est un jeu de cartes mais la donne du départ aura eu raison du hasard. Alors Descartes peut bien cogiter, il n’en reste pas moins que si je pense, j’existe, pour nous il est besoin de dire, je pense, j’insiste.« [1]

Mes poings sur les I nous invite à suivre la trajectoire sociale de « Kamel-la-poisse » qui, dans le quartier, a toujours su régler ses histoires à coup de poings. Un jour, son poing éclate la mauvaise mâchoire et en moins de temps qu’il n’en faut pour décocher une droite, le voilà pris dans le maelström judiciaire. Accusé, Kamel est emporté par le fleuve des préjugés où une origine, une couleur, un accent et une adresse constituent l’unique CV. Du ciment lézardé des hautes tours du quartier aux quatre murs en béton armé de la prison, toujours seul au milieu des autres, le temps est à tuer et Kamel se réfugie à l’intérieur de lui-même pour s’offrir de véritables évasions méditatives. Du banc des accusés au ban de la société, c’est aussi assis ici, sur les bancs du quartier, qu’il évalue sa propre histoire, ce qui l’a rendue possible et aujourd’hui pensable. Il cherche à comprendre comment le fait d’habiter « ici » l’a construit et amené à user de ses poings pour être respecté, à être craint pour enfin avoir la paix.

Mes poings sur les I, entre anecdotes heureuses et malheureuses, souvenirs autobiographiques et réflexions sociologiques, aborde frontalement la construction identitaire de Kamel au sein de ces « quartiers » emblématiques de nos sociétés contemporaines. Ce spectacle propose de manière sensible l’exploration et le déploiement de thématiques telles que les rapports à : la famille, les autres, la pression sociale, la religion, l’hyper-virilité comme condition du respect, la ségrégation géographique. Sans misérabilisme aucun, pleine de vie et d’humour, cette langue vive, urbaine, poétique et actuelle, indissociable du quartier qui l’a vu naître, fait aujourd’hui pleinement écho au phénomène de « dé-sintégration »[2] dont souffrent certaines catégories de citoyen.ne.s.

Ce texte, joué par son auteur, fait émerger une voix éloignée des statistiques, une réflexion singulière et personnelle sur les rapports tendus et parfois difficiles qui existent entre quartiers populaires et société, entre quotidien et clichés, entre fiction et réalité, entre penser et être pensé. Une tentative assumée de remettre certains « poings » sur les i…

[1] Soufyan Heutte in mes poings sur les I, L’Harmattan.

[2] Formule empruntée à l’ouvrage de Marie Reverdy dont nous recommandons ici  chaleureusement la lecture : Comprendre l’impact des mass-médias dans la (dé)construction identitaire, éditions Chronique Sociale.

 

Poing de départ

De Richard Hoggart à Soufyan Heutte, de Leeds à La Paillade, de la fiction à la réalité.

En 2015 le Primesautier théâtre ouvrait un nouveau cycle de travail autour du sociologue Anglais Richard Hoggart. La compagnie a d’abord créé Mais il faut bien vivre ! un soap-opéra théâtral et réflexif interrogeant les lignes de force et de tension entre cultures populaires et cultures des élites.

Dans le même mouvement la compagnie créé Le principe du truc, création partagée, immersive et documentaire. Ce projet, mené en partenariat avec le Théâtre Jean Vilar, les associations et les habitants de la Paillade/Mosson, dressait une cartographie artistique de la vie quotidienne de ce quartier populaire de Montpellier.

C’est dans ce cadre que nous avons rencontré Soufyan Heutte, habitant du quartier qui nous a présenté son premier roman : Mes poings sur les I. Frappés par l’intensité de la langue, son oralité, la profondeur du récit et sa manière originale d’explorer les enjeux de la vie de ces quartiers emblématiques de nos sociétés contemporaines, il nous a semblé important de faire entendre cette parole et tenter de la « désenclaver » de son quartier d’origine. Nous avons donc décidé, avec lui, d’en proposer une forme théâtrale.

Ce texte « résonne et raisonne » parfaitement avec nos voyages en terres hoggartiennes car Il dresse de manière artistique, fictionnelle et parfois documentaire le paysage social actuel d’une « cité » et de ses habitants et nous montre comment se construit une identité marquée par son environnement. Il s’efforce, comme en témoigne l’œuvre de Richard Hoggart en son temps, de « partir d’une histoire personnelle et d’en tirer une signification qui dépasse le niveau de l’individu.[1]»

C’est donc avec ce projet, fruit d’une surprenante et enrichissante rencontre que la compagnie clôturera ce cycle autour de Richard Hoggart et des cultures populaires avant d’entamer, prochainement, un nouveau cycle de travail autour de la philosophe Simone Weil.

[1] C. Grignon, in présentation de 33 in Newport Street, Autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires Anglaises, P.10

 

De l’auteur à l’acteur

« Mais alors, que suis-je ? Quel effet ai-je sur mon reflet ? Résidu d’autres individus ! Cherchant la plénitude au sein de la multitude. Et je les porte tous en moi, du moins tant qu’ils me supportent. Je les porte et ils m’emportent plus haut que je n’aurais jamais été, plus loin que je n’aurais jamais rêvé. Je les porte car mon être comporte autant de visages qu’il y a de possibles. Alors je suis là, sans être là… »[1]

La question de la légitimité à porter sur un plateau ce texte empreint d’authenticité et parfois composé de souvenirs autobiographiques nous a naturellement conduits, pour le porter, à faire de l’Auteur, l’Acteur de sa propre fiction. Par ce choix, nous souhaitons renforcer le trouble entre fiction et réalité. Est-ce vraiment son histoire ou une histoire inventée de toute pièce ? Est-ce un témoignage ou une fiction ? Est-ce Kamel ou Soufyan que nous observons ? Ce sont toutes ces ambiguïtés que nous espérons faire ressentir afin que ceux qui assistent au spectacle puissent interroger, à leur tour, leurs propres représentations sur ces quartiers, loin des clichés et polémiques d’usages.

Soufyan Heutte : Amoureux des quartiers pas si « populaires » que ça, il est éducateur spécialisé auprès de jeunes en situation de délinquance. Il contribue, à ses heures perdues mais activement, à la rédaction d’articles pour des revues et journaux. (Ballast, l’Humanité, Contre-attaque(s), le Lien Social…) Par ses écrits, il s’attelle à tirer le portrait de personnes éclipsées par la nuée des faits-divers. Dans ce premier roman, il livre un regard singulier sur la « banlieue », dépeignant avec beaucoup de poésie la réalité d’une vie de quartier. Il mène également de nombreux ateliers d’écriture et de soutien scolaire et s’investit particulièrement auprès de la jeunesse.

Autant d’atouts qui permettront d’approfondir les thématiques de la pièce lors de rencontres, débats, ateliers et discussions autour du spectacle. La parole, le quotidien et  le vécu de l’auteur sont de précieux témoignages à partager sur la vie et l’organisation sociale de ces quartiers.

[1] Soufyan Heutte in mes poings sur les I, L’Harmattan.

Note de mise en scène et rapport aux spectateurs

« Et je reste assis là, comme en transit dans ce monde-là, sur le bord de la route, comme un chien abandonné un samedi d’août. »[1]

Le texte nous présente souvent Kamel en pleine réflexion assis sur un banc. Nous avons donc, afin de cristalliser les différents lieux évoqués par le roman, gardé l’idée d’une série de bancs en faux béton comme principal élément scénographique. De la cour de prison au square du « tiéquar », ceux-ci nous permettent de proposer une représentation concrète « d’espaces publics », lieux de vie sociale et de rencontres, « ciment relationnel tour à tour protecteur ou étouffant » de ces quartiers de béton. Au centre de ces bancs trônera une construction de béton pouvant évoquer tour à tour une œuvre d’art, des jeux d’enfants, ou un début de chantier…

Le dispositif scénographique a donc été pensé pour concevoir la représentation comme une expérience en partie immersive pour un groupe de spectateurs puisqu’une partie de ceux-ci seront conviés à prendre place sur ces bancs. Nous souhaitons que l’acteur évolue au milieu du public afin de rompre la solitude de ce dernier sur la scène. Que l’acteur ne soit pas seul au centre d’un plateau face à d’autres dans l’ombre, mais bien vivant parmi les vivants, en interactions bienveillantes avec ceux à qui il va raconter son histoire.

Situés au plus proche de lui, nous voulons créer un rapport d’intimité avec les spectateurs, amical et direct, et envisager une tentative de rupture de la frontière entre « eux » et « lui », entre « eux » et « nous ». Que cette frontière entre acteur et spectateur soit symboliquement perméable pour refléter cette « non peur » de l’autre, cette curiosité pour la parole, pour la porosité de son univers car par leur présence, les spectateurs invités sur les bancs font alors complètement partie du dispositif scénographique et esthétique du spectacle. Ils assurent et proposent de possibles incarnations ou évocations des différents personnages croisés dans la fiction. Évoluant de bancs en bancs et changeant d’interlocuteurs à chaque étape de son histoire, l’acteur, dans un mode de jeu performatif, travaille alors à préserver ou renouveler cette interaction propice à la recherche de nuances et d’adresses, en mettant à l’épreuve l’intensité de son jeu en fonction de son auditoire. Se dessine alors l’idée d’une jonction symbolique entre la scène et la salle, entourant l’acteur de toutes parts et permettant ainsi des allers-retours d’adresses et de niveaux de jeu entre le public-salle et le public-scène.

[1] Soufyan Heutte in mes poings sur les I, L’Harmattan.