DATES

– 15 Octobre 21 :
Amphithéâtre d’Ô / Domaine d’Ô, Montpellier (34)
Les Renoncements 
* La Pesanteur et la Grâce / Oratorio °

° Weillée invitée : Roxane Borgna et Benoît Bohy Bunel 

– 29 et 30 Octobre 21 : Théâtre de La Petite Rue, Villeurbanne (69)
* La griffe du réel
* Vous allez adorer rentrer chez vous !

– 16 Novembre 21 : 
* Là où la pensée peut mordre
/ Lycée F.Bazille-Agropolis, Montpellier (34)
* La griffe du réel / Foyer des jeunes travailleurs Occitanie, Montpellier (34)

– 18 Novembre 21 :
* On aura toujours eu ça ! / Collège du Salagou, Clermont l’Hérault (34)
* Vous allez adorer rentrer chez vous ! / Lycée Frédéric Bazille-Agropolis, Montpellier (34)

– 19 Novembre 21Médiathèque William Shakespeare, Montpellier (34)
* Depuis Juin 
* Mais bordel où es-tu Simone ?

– 15, 16 et 17 Avril 22, Scènes croisées de Lozère (48) : INTÉGRALE
15 Avril – Salle des fêtes de Brenoux

16 Avril – Maison du Mont Lozère, Le Pont de Montvert
17 Avril – Vialas + Bistrot de L’Espinas

– Du 16 au 21 Février 2021 :
La Cave Poésie, 
Toulouse (31)

INTÉGRALE

26 et 27 février 2020 :
La Baignoire
, Montpellier (34)

Les Renoncements

– 18 Janvier 2020 :
Le Kiasma,
Castelnau-le-Lez (34)
Vous allez adorer rentrer chez vous !

– 5 et 6 Octobre 2019 :
La Fabrique Artistique du Viala
, Cie L’Hiver Nu et les Scènes croisées de Lozère (48)

INTÉGRALE

– 6 Juin 2019 :
La Bulle Bleue,
Montpellier (34) Lecture Le cadavre exquis de Simone Weil / Écriture collective

 

 

 



L'ÉQUIPE

Conception, mise en scène,  jeu :
– Vous allez adorer rentrer chez vous ! Jean-Christophe Vermot-Gauchy
 Les Renoncements 
Virgile Simon et Antoine Wellens
– On aura toujours eu ça !
Amarine Brunet
– La griffe du réel
Julie Minck
– Mais bordel où es-tu Simone ?
Fabienne Augié
 Depuis Juin
Stefan Delon
– Là où la pensée peut mordre
Antoine Wellens

Administratrice de production :
Gaëlle Mafart
Chargée de production :
Émilie Barthes

PRODUCTION

Production : Primesautier Théâtre (dans le cadre de la création À BRAS LE CORPS)
Coproduction :
Théâtre La Vignette – Scène conventionnée – Université Paul Valéry – Montpellier
Printemps des comédiens, Montpellier
Le Périscope – Scène conventionnée, Nîmes
Avec l’aide de la DRAC Occitanie – Aide à la création théâtrale, la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée et la Ville de Montpellier
Accueil en résidence :

Dispositif des Résidences de créations en arts vivants au Théâtre d’O / Département de l’Hérault
Le Viala / Cie l’Hiver Nu
Les Scènes Croisées de Lozère – Scène conventionnée d’intérêt national art et territoire,
Le Kiasma et les Maisons de proximité de Caylus et du Devois/ Castelnau-le-Lez
La Baignoire / Montpellier

WEILLÉES

Les Weillées sont des petites formes artistiques et philosophiques menées par chaque membre de l’équipe Primesautière. À partir des textes de Simone Weil ou en écho à ceux-ci, à la manière d’une « déclinaison », d’une « extension », chaque acteur et actrice de la compagnie propose un axe de recherche personnel afin de développer sensiblement et théâtralement sa réception aux thématiques et notions explorées dans l’œuvre de la philosophe. Ces Weillées se travaillent, s’enrichissent et se modifient tout au long des résidences de création de la compagnie et de leur diffusions.

Au sein de notre équipe primesautière, se croisent des metteurs en scène, des auteurs, des acteurs, une photographe, et nous postulons que, de cette richesse de fonctions se dessineront et s’ouvriront, auprès des publics rencontrés et variés, différentes sensibilités et portes d’accès à la philosophie de Weil. Il s’agit par ces formes courtes et intimistes, de dédramatiser le rapport parfois effrayant à la philosophie. De proposer, par une entrée sensible, une plongée dans l’œuvre de la philosophe et d’offrir de façon subjective les motifs récurrents qui la traversent.

Rassemblées en un parcours déambulatoire, ou disséminées dans les temps, toutes ces formes constituent pour nous la possibilité d’un autre rapport aux spectateurs, à l’équipe, à l’œuvre de Simone Weil. Elles permettent de construire un maillage intéressant entre différents spectateurs et différents territoires.  En effet, ces Weillées, sous formes de lectures performatives, imaginées dans un dispositif dédouané de contraintes techniques lourdes, sont pensées pour s’implanter et se (re)mettre en jeu aussi bien sur une scène, que dans un bar, chez l’habitant, en extérieur, dans une médiathèque, une maison de proximité́… La recherche de lieux atypiques nous semble intéressante pour partager une expérience « intimiste et sensible » avec le public.

WEILLÉES 1/2/3 : Vous allez adorer rentrer chez vous // Les Renoncements // On aura toujours eu ça !

1 / VOUS ALLER ADORER RENTRER CHEZ VOUS

Proposition de Jean-Christophe Vermot-Gauchy d’après son Journal personnel / 50 Min

En février 2017 j’ai été contraint de trouver un travail dans l’urgence. Rien d’exceptionnel à tout cela. Certes. Mon métier d’acteur ne me permettait plus d’en vivre. Aucun contrat en perspective. Plus d’argent, ni d’allocations chômage. J’ai donc dû me rendre à l’évidence : accepter la réalité et retrouver un emploi coûte que coûte et dans n’importe quel secteur. Le premier mars 2017, je commençais donc un nouveau job. Tous les matins, de 8h à 13h, j’allais faire le ménage chez des particuliers. Laver. Aspirer. Frotter. Faire briller. Repasser. Dépoussiérer. Décrasser et ranger l’intérieur de celles et ceux qui m’embauchaient pour adorer rentrer chez eux. Mon tablier fournit par l’entreprise portait cette inscription : Vous allez adorer rentrer chez vous !

J’espérais que cela n’allait durer que quelques mois. Cela a duré 12 mois et le 28 février 2018 je retrouvais mon statut d’intermittent du spectacle. Durant toute cette période j’ai tenu (Comme Simone Weil en son temps) un journal dans lequel jour après jour j’inscrivais le plus précisément possible ce qui s’était passé pour moi le matin durant ces heures de ménage. Minutieusement, sans littérature, je consignais ce temps passé chez d’autres à entretenir leur intérieur. État d’esprit, gestes, météo, sensations physiques, choses entrevues…

« Cette expérience qui correspond par bien des côtés à ce que j’attendais, en diffère quand même par un abîme : c’est la réalité, non plus l’imagination. » S. Weil.

2 / LES RENONCEMENTS

Proposition d’Antoine Wellens et Virgile Simon d’après l’œuvre de Simone Weil / 55 Min

En préparation pour leur prochaine création autour de la philosophe Simone Weil, Virgile Tout de même, acteur, et Antoine Enfin, auteur, mais tous deux metteurs en scène du projet, tentent, en prenant appui sur la philosophie de cette auteure, de dégager les axes esthétiques et artistiques de ce futur spectacle. En résulte une « disputatio » en bonne et due forme, et bien évidemment, loin d’être centrée sur le théâtre seul, cette dispute fuit de tous côtés comme il se doit et ouvre une pensée au sens large : travailler notre rapport au monde.

– Antoine Enfin : Ah l’air du temps… Je crois moi que dorénavant l’art ne pourra renaître que du sein de la grande anarchie, épique sans doute, parce que le malheur aura simplifié bien des choses… La grandeur, de nos jours, doit prendre d’autres voies. Elle ne peut d’ailleurs être que solitaire, obscure et sans écho…                                                                                                    

Virgile Tout de même : Bon… Heu… Mais Antoine enfin, une fois qu’on a dit ça, on dit quoi ? C’est avec ça qu’on compte faire théâtre ??? Non parce que moi je crois qu’il faut qu’on précise le projet là…  le flou artistique, le vide ça va bien un moment… Qu’est-ce qu’on fout ici et avec quoi on le remplit ce théâtre ??? Parce que pour l’instant c’est un peu vide comme action, comme situation… Deux personne-personnages qui lisent heu… c’est un peu mince je trouve … 

3 / ON AURA TOUJOURS EU ÇA ! 


Proposition d’Amarine Brunet d’après Méditation sur l’obéissance et la liberté et
La vie et la grève des ouvrières métallos de Simone Weil
/ 40 Min

Récemment, en vidant la maison de ma mère j’ai trouvé un drapeau rouge. Je me souviens, la première fois que je l’ai vu, gamine, dans le placard de la cuisine, mon père m’a dit « il est là, on l’aura pour la révolution ! ». J’ai refermé le placard, fière et rassurée. Deux choses étaient sures : il y aurait la révolution et on en serait !

Simone Weil sait que ce désir de révolution n’est qu’illusion et que la soumission du plus grand nombre au plus petit est un fait fondamental de toutes organisation sociale. Cependant il y a des moments dans l’histoire où le miracle se produit, comme en juin 1936.

À certains moments de l’histoire, un grand souffle passe sur les masses ; leurs respirations, leurs paroles, leurs mouvements se confondent. Alors rien ne leur résiste. Les puissants connaissent à leur tour, enfin, ce que c’est que de se sentir seul et désarmé ; et ils tremblent.  S.Weil.

Cette cristallisation des foules a pour effet d’arrêter le temps, même si on sait que cela ne va pas durer et que le poids de l’oppression sociale va exister à nouveau. Ce moment est source de joie et de beauté car le bonheur présent est illimité :  Quoiqu’il puisse arriver par la suite, on aura toujours eu ça.

Il ‘agit, après avoir toujours plié, tout subi, tout encaissé en silence pendant des mois et des années, d’oser enfin se redresser. Se tenir debout. Prendre la parole à son tour. Se sentir des hommes, pendant quelques jours. S.Weil.

C’est de cette force, de cette beauté et de cette joie dont je voudrais vous parler.

©️ VSimon

WEILLÉES 4/5/6/7 : La griffe du Réel // Mais bordel où es-tu Simone ? // Depuis Juin // Là où la pensée peut mordre

4 / LA GRIFFE RU RÉEL

Proposition de Julie Minck d’après Condition Ouvrière de Simone Weil / 40 Min

Alors que beaucoup considéraient Simone Weil comme un penseur solitaire, coupée du monde, elle ne cessait de créer des liens entre sa pensée et la vie réelle. Elle a vécu dans sa chair la condition ouvrière. En 1934, Simone Weil décide de se faire embaucher en tant qu’ouvrière chez Alsthom dans le 15e arrondissement de Paris puis chez Renault. Elle tient un Journal d’usine que l’on retrouve dans La Condition ouvrière. Une expérience qu’elle décrit comme un endroit où on se heurte durement, douloureusement, mais quand même joyeusement à la vraie vie. Un an plus tard, en décembre 1935, Simone Weil propose à Victor Bernard, ingénieur et directeur technique des usines Rosières de publier dans son journal d’usine un appel aux ouvriers de Rosières dans lequel elle leur propose de prendre la plume et d’écrire ce que représente pour eux leur travail, les souffrances, la cadence, la hiérarchie, les moments de joie, de fierté de l’effort accompli, s’ils trouvent le temps long ou court, s’ils vont au travail avec entrain ou sans envie, ce qu’ils ont sur le cœur, à l’esprit. Et surtout de ne pas signer afin que chacun puisse s’exprimer librement. Mais Victor Bernard a refusé la publication de cet appel sous prétexte que cet article pouvait exciter « l’esprit de classe ».

Pour cette Weillée, quatre-vingt-six ans plus tard, Julie Minck a entrepris de réactiver cet appel, de l’élargir aux travailleur.euse.s d’aujourd’hui afin de mettre en résonance et raisonnance les témoignages récoltés avec les mots de Simone Weil issus de son journal d’usine, et vous livre une forme documentaire théâtrale.

C’est à son dos que l’on reconnaît un philosophe. Je veux parler des marques qu’y a laissées la griffe du réel qu’il a rencontré sans être équipé pour l’accueillir. […] La pensée du philosophe revient le dos criblé de ce à quoi elle s’est trouvée exposée. […] Penser philosophiquement, ce n’est justement pas tourner à l’intérieur de la pensée, mais la sentir installée dans un dehors qui la mine.  G. Pigeard de Gurbert, Contre la philosophie.

5 / MAIS BORDEL OÙ ES-TU SIMONE ?

Proposition de Fabienne Augié d’après l’œuvre de Simone Weil / 40 Min

J’ai voulu rendre compte des méandres par lesquels j’approche l’œuvre de Simone Weil. Assise à une table, entourée de ses textes essentiellement, mais pas que, je cherche un extrait concernant les prostituées. Je feuillette, retombe sur des passages déjà relevés, le soir tombe, je le note, le réel fait de courtes incursions. Je relis des extraits, je vagabonde, je commente, je m’étonne de certaines coïncidences, par exemple son ami René Daumal… tiens je vais aller rechercher un texte de lui. Le duc d’Aumal, est le nom du bateau sur lequel elle embarque à Marseille pour son exil.

Parfois, à feuilleter les ouvrages, je lis juste quelques mots, pour donner le goût, donner envie d’aller s’y plonger. Je note qu’un certain vocabulaire employé par Simone Weil commence à s’imprimer en moi, je le retrouve dans ma bouche quand je vous parle. J’en oublie les prostituées et me laisse happer par ce que je lis, vous lis ou relis. C’est donc une sorte de cartographie de mon cerveau face à la pensée de Simone Weil.

C’est une trace de mes plaisirs et difficultés face à son œuvre, ma piste d’approche. À passer par Marseille et Adrien Bosc, j’ai retrouvé dans une lettre qu’elle écrit à Antonio Atares, réfugié espagnol détenu dans le camp du Vernet en Ariège, cette phrase : Il n’y a pas de plus grande joie pour moi que de regarder le ciel par une nuit claire, avec une attention si concentrée que toutes les autres pensées disparaissent ; alors on croirait que les étoiles entrent dans l’âme.


6 / DEPUIS JUIN


Proposition de
Stefan Delon, textes de Simone Weil / 40 Min

Ecrit en 1936, ce texte de Simone Weil, Lettre à un syndiqué, interroge aujourd’hui les avancées sociales gagnées et met en garde contre les dérives possibles d’un pouvoir lorsqu’il change de main. Dans son autre texte, Note sur la suppression générale des partis politiques Simone Weil s’interroge sur la nécessité de ces derniers…  

Camarade, tu es l’un des quatre millions qui sont venus rejoindre notre organisation syndicale. Le mois de juin 1936 est une date dans ta vie. Te rappelles-tu, avant ? C’est loin, déjà. Ça fait mal de s’en souvenir. Mais il ne faut pas oublier. Te rappelles-tu ? On n’avait qu’un droit : le droit de se taire. Quelquefois, pendant qu’on était à son boulot, sur sa machine, le dégoût, l’épuisement, la révolte, gonflaient le cœur ; à un mètre de soi, un camarade subissait les mêmes douleurs, éprouvait la même rancœur, la même amertume ; mais on n’osait pas échanger les paroles qui auraient pu soulager, parce qu’on avait peur.

Est-ce que tu te rappelles bien, maintenant, comme on avait peur, comme on avait honte, comme on souffrait ? Il y en avait qui n’osaient pas avouer leurs salaires, tellement ils avaient honte de gagner si peu. Ceux qui, trop faibles ou trop vieux, ne pouvaient pas suivre la cadence du travail n’osaient pas l’avouer non plus. Est-ce que tu te rappelles comme on était obsédé par la cadence du travail ? On n’en faisait jamais assez ; il fallait toujours être tendu pour faire encore quelques pièces de plus, gagner encore quelques sous de plus. Quand, en forçant, en s’épuisant, on était arrivé à aller plus vite, le chronométreur augmentait les normes. Alors on forçait encore, on essayait de dépasser les camarades, on se jalousait, on se crevait toujours plus.

Ces sorties, le soir, tu te rappelles ?

7/ LÀ OÙ LA PENSÉE PEUT MORDRE
Proposition d’Antoine Wellens d’après l’œuvre de Simone Weil / 40 Min

En son temps la pensée de Simone Weil voyageait à travers l’espace et le temps de manière épistolaire, approfondissant ainsi sa pensée de manière plus directe avec les personnes de son intimité. Sous la forme d’une lettre, je souhaite rendre compte de ce que Weil provoque chez moi, de ce qu’elle bouscule dans mon métier et ma manière de regarder le monde. 

©️ 4/6 VSimon
©️ 5 Fabienne Augié